L'aéronef des Bahamas

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L'aéronef des Bahamas

Message par Admin le Dim 8 Avr - 14:28

Alors que j’étais assise sur mon siège en attente du médecin, je me remémorais les dernières vacances avec mon époux. Le travail nous faisait couler à pic c’est pourquoi nous avions décidé de partir au Bahamas : la chaleur, les palmiers, la mer… Tout ce qu’il nous fallait pour nous ressourcer ! Arrivés à l’hôtel, nous fûmes reçus par un intérimaire quelque peu loufoque à dire vrai. Il s’agissait d’un vieillard en chemise à fleur prêt à nous vendre de sa mallette quelques vieilles montres bon marché ou des foulards imprimés de tête de chats. Il nous montra la chambre et nous présenta un appareil qu’il avait conçu lui-même : une sorte de zeppelin fonctionnant à l’air conditionné… A vrai dire, je ne compris pas bien ses explications, persuadée alors que nous allions, comme tous les autres vacanciers, passer un séjour de rêve dans une île paradisiaque. Mais il avait touché la curiosité de mon mari, toujours friand de nouvelles découvertes :
- Alors comment ça cela fonctionne ?
- Il s’agit encore d’un prototype chef ; mais aux dernières nouvelles, il pétarade !
- Je serai curieux de voir ça voyez-vous… A quel endroit se trouve-t-il ce petit bijou ?
- Vers l’ancien héliport, je me sers des vieux baraquements pour ma bête. Venez demain avec un jerrycan et nous l’essayerons ensemble !
- C’est votre premier vol, demandais-je pas très rassurée.
- Bien sûr que oui ma p’tite dame, c’est le premier voyage qui est excitant !
- A demain alors !
Sur ce il partit.
- Tu n’es pas sérieux Howard ?
- Amplement sérieux Sonia ! J’ai passé ma vie à me complaire dans la finitude de nos vies sans aucune expérience nouvelle, la tête dans les papelards et le cul sur une chaise, j’en ai assez Sonia ! Envolons-nous, que risquons nous alors ?
- Si tu le dis… Soit, envolons-nous comme tu le dis…
Nous voilà parti dès le lendemain matin en quête du jerrycan. L’agent d’accueil nous avait indiqué non sans quelques mous de questionnements la station-service la plus proche où nous pourrions trouver notre jerrycan d’essence. C’est dans le taxi que nous avions l’air le plus ridicule avec notre bidon qui puait le fuel. Le chauffeur nous fit payer le double du prix pour le trajet. Son invention devait valoir le coup, je l’espérais encore. Nous nous avancions à pied dans cette atmosphère à la Beyrouth, les pistes étaient recouvertes de sable et le vent formait de mini tourbillons. Il nous aperçut de loin et courra à notre rencontre. Il nous entraîna vers son engin énorme. Le ballon était gonflé à bloc, on eut dit qu’il allait exploser. Il y avait en dessous une toute petite nacelle :
- S’il vous plait, ne me dite pas que l’on va voyager là-dedans ?
- Si bien sûr Mam’zelle, vous pensiez chevaucher la bête ?
Je perdais mon temps à les alarmer du danger, on aurait dit deux gamins autour d’un nouveau jouet. Nous prîmes place dans la nacelle alors que le vieillard poussait sa titine vers l’extérieur. Il contrôla la force et la direction du vent à l’aide unique de son index dressé. Il va sans dire que cela n’était pas pour me rassurer. Il prit la place du pilote et démarra son coucou. Cela faisait un bruit monstre. Les hélices s’affolaient. Je fermais les yeux. Au bout de quelques minutes, enfin, nous nous envolâmes. Mon mari était alors très heureux et je me félicitais de n’avoir pas causé plus de problème que cela. Quand tout à coup, le moteur émit un bruit étrange. Des claquements provenaient du moteur de l’hélice principale. Nous devions crier pour se faire entendre au-delà du brouhaha mécanique. Le vieillard ne perdait pas son sang-froid : « ce doit être l’injecteur ! ». Il se hissa sur les cordages qui soutenaient le ballon de fortune alors que nous étions à une bonne cinquantaine de mètre du sol. Mon mari tentait en vain de voir ce que faisais le bonhomme. Nous perdions très rapidement de la hauteur, descendant droit vers un champs. Nous nous regardions comme si c’était nos derniers instants. Mon mari, dans un mouvement de hâte et un semblant d’instinct de survie fit le tour de la nacelle : « les sièges sont éjectables ! » . En effet, il y avait des parachutes accolés sous le siège. Cependant ils en restaient fixés. Nous nous attelâmes à en décrocher deux. Cela pris cinq longues minutes avant que nous puissions les dégager. Une fois que cela fut fait, nous nous attachions à nos sièges respectifs puis nous sautions alors dans le vide avec ces attirails de fortune. Mon parachute s’ouvrit sans gros problème si ce n’est le fait que je ne pouvais descendre que tête en bas, le parachute étant fixé en dessous. Mon mari n’eut pas cette chance, son parachute s’ouvrit mais il vrillait tout droit vers le sol. Lorsque j’atterri, je retrouvai mon mari, vivant mais bien amoché sur le sol du champ où nous nous étions dirigés. Après que j’eu mimé l’urgence de la situation au fermier qui habitait non loin de là et qui avait constaté la chute de deux aventuriers intrépides comme nous ; nous prévenions les secours. Les pompiers furent là en quelques instants.
J’étais donc là, dans la salle d’attente du médecin à me demander comment j’allais expliquer la situation dans laquelle nous nous trouvions alors… A l’hôtel, lorsque j’eu reparlé du vieillard, personne ne semblait se souvenir de l’existence d’un quelconque intérimaire, qui plus est, un intérimaire de cet âge-là. Le fermier cependant semblait dire au pompier : « Encore un coup du vieux cinglé ». Je n’ai jamais entendu reparler de cet individu. Nous avions perdu de vue l’aéronef ainsi que le vieux fou qu’il abritait. Toujours est-il qu’il n’ai jamais eu dans les journaux quelconque article stipulant le crash d’un certain objet volant.

A.A.
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